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L’Incroyable histoire du voilier « Phocéa »

Du navigateur Alain Colas à l’homme d’affaires français Bernard Tapie, le Phocéa, voilier construit pour la course au large en solitaire et transformé en yacht de luxe, a eu l’incroyable destin de finir par couler au large de la Malaisie.

Le quatre-mâts de 72 mètres a coulé le 19 février 2021 au matin près de l’île touristique de Langkawi, au lendemain d’un incendie qui l’a dévasté, a déclaré Mohamad Zawawi Abdullah, un haut responsable des garde-côtes malais. Sept membres d’équipage ont été secourus par les secours. Il restera l’un de ces navires qui ont fait rêver les amoureux de la mer mais dont l’histoire mouvementée s’est terminée dans des circonstances tragiques.

Le navigateur Alain Colas avait confié à l’architecte naval Michel Bigouin, concepteur de plusieurs Pen Duick d’Eric Tabarly, le soin de créer ce monstre à Toulon pour la Transat anglaise en 1976.

Baptisé Club Méditerranée, le voilier ultra-moderne n’aura pas d’autre chance de connaître la gloire en course et se retrouve amarré à Tahiti après la disparition en mer d’Alain Colas à bord du Manureva en 1978.

« Je l’ai découvert en Polynésie en 1982, rouillé de partout, il servait de ponton d’amarrage », raconte dimanche Bernard Tapie, « est tombé fou amoureux de ce navire » qu’il a racheté à la veuve d’Alain Colas et rebaptisé « Phocéa ». 

Le « désir fou » de l’homme d’affaires ? « En faire un bateau extrêmement performant et extrêmement confortable » et « battre le record » de la traversée de l’Atlantique d’Ouest en Est datant de 1905. Le navire est rénové et modernisé par le même Michel Bigouin, ses mâts relevés et ses voiles augmentées. En juillet 1988, Bernard Tapie et son équipage quittent New York et subissent « une très forte tempête : le navire s’est couché deux fois et a croisé deux icebergs ». Mais huit jours plus tard, la côte française. Le record est battu de quatre jours.

« Tous mes meilleurs souvenirs, sportifs, humains, économiques, sont nés sur ce bateau », souffle l’ancien président de l’Olympique de Marseille, homme d’affaires et ministre. Il l’utilisera également pour des « séminaires ». « Il y a beaucoup de gens qui étaient très contents de faire un tour à bord du Phocéa, raconte-t-il. Les ennuis financiers et juridiques de l’homme d’affaires ont conduit au rachat du navire en 1997 par la femme d’affaires libanaise Mouna Ayoub.

La milliardaire en a fait un yacht de luxe pour recevoir la jet set mondiale, elle a réduit la hauteur des mâts, augmenté la surface habitable, et l’a vendu en 2010. Quelques années plus tard, une vente aux enchères de plus de 1 000 objets du Phocéa apportera lui 414 000 euros. Les robes haute couture vendues à cette occasion rapporteront bien plus que la cloche de pont gravée « Phocéa » vendue 1400 euros.

Pour sa quatrième vie, c’est un tandem impliquant le milliardaire Xavier Niel et les frères Steve et Jean-Émile Rosenblum, fondateurs du site Pixmania, qui rachète le Phocéa et l’enregistre à Malte dans le but de la louer à des riches plaisanciers, selon Mediapart. Ils en confient la gestion à Pascal Saken, un homme se présentant comme un « homme d’affaires et investisseur international du Vanuatu » et consul honoraire de cet archipel du Pacifique. 

Endommagé lors d’une tempête en 2013, le Phocéa a été transporté vers un chantier naval à Phuket (Thaïlande) appartenant à Pascal Saken, qui n’a pas hésité à revendiquer être le propriétaire du bateau qu’il a rebaptisé « Enigma ». L’Enigma avait navigué depuis la Malaisie où il a pris feu et a coulé. 

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